Skip to content

FONDATION JÉRÔME SEYDOUX-PATHÉ

Cycle

L’Enfance à l’écran

Du  14/02/24  au  19/03/24 


Die Unehelichen (Gerhard Lamprecht, 1926) © Deutsche Kinemathek



Télécharger le programme complet 



Lors de la première représentation du cinématographe en 1895 est présenté Le Repas de bébé, nourri par son père Auguste Lumière sous le regard attentif de sa mère. En 1901, Alice Guy fait apparaître des nourrissons dans La Fée aux choux. Tout comme l’enfant, le cinéma, cet art naissant, va se nourrir et s’inspirer des autres arts pour grandir et exister. Dès lors, les figures de l’enfance ne le quitteront pas, il puise dans ses personnages authentiques et spontanés un terreau propice aux comédies les plus folles et aux drames les plus déchirants.


Un des premiers enfants-vedette du cinéma en France se nomme René Dary. Il débute à l’âge de trois ans dans la série réalisée par Louis Feuillade « Bébé Abélard », tourne près d’une centaine de courts métrages avant d’être détrôné par René Poyen, quatre ans, qui incarne Bout-de-Zan, introduit au cinéma en 1912 dans Bébé adopte un petit frère… Louis Feuillade poursuit son exploration de la jeunesse, notamment avec le récit de deux orphelins Pierrot et Pierrette (1924) dans lequel René Poyen, devenu adolescent, incarne le jeune frère. Mais l’enfant le plus célèbre du cinéma muet demeure sans aucun doute Jackie Coogan qui tourne dès l’âge de trois ans, en 1917, avec Charlie Chaplin avant de devenir une star en 1921 grâce à son inoubliable interprétation dans The Kid. En 1922, il interprète une des figures mythiques de la littérature de Charles Dickens, Oliver Twist, aux côtés de Lon Chaney dans le film de Frank Lloyd. Les multiples adaptations cinématographiques de l’œuvre de Dickens n’étendent jusqu’au Danemark où A. W. Sandberg porte à l’écran, entre autres, David Copperfield (1922).


Les drames et les grandes injustices de l’enfance jalonnent l’histoire du cinéma, de La Marâtre (1906) d’Alice Guy au Pré de Béjine, film inachevé de Sergueï Eisenstein, en passant par les films de Jacques Feyder qui saisit avec justesse l’intempérance, la violence des sentiments et le regard que les enfants portent sur le monde dans Gribiche, Visages d’enfants ou Poil de carotte, réalisé par Julien Duvivier en 1925. En Allemagne, dans Die Unehelichen (1916) Gerhard Lamprecht met en scène et dénonce les traitements déplorables et inhumains infligés, en écho au rapport officiel d’un organisme luttant contre l’exploitation et la violence et pour la protection des enfants. Le film de Germaine Dulac La Mort du soleil (1922) narre, quant à lui, le dévouement de l’assistante d’un scientifique dans la recherche pour éradiquer la tuberculose, cause de multiples décès infantiles.


Parallèlement à la souffrance et la misère, les films mettent fréquemment en scène des récits de parcours initiatiques ou d’aventures menées par de jeunes protagonistes : Umanità d’Elvira Giallanella (1919), conte poétique pacifique sur deux enfants seuls survivants d’une catastrophe qui a détruit l’humanité, My Boy d’Albert Austin et Victor Heerman (1921), avec un Jackie Coogan débarquant à Ellis Island, Mälarpirater de Gustaf Molander (1923), une comédie de jeunes pirates, ou le patriotique Tour de France par deux enfants de Louis de Carbonat (1924).



Si les enfants-star forcent l’admiration du public par leur grâce et leur naturel, les stars adultes endossent parfois le rôle avec excellence. Mary Pickford a déjà 16 ans lorsqu’elle entame sa carrière au cinéma, et pourtant son visage poupon et sa petite stature la cantonne trop souvent à des rôles d’enfant qui façonnent son succès tout autant qu’ils l’enferment. Dans Sparrows (1926), drame terrifiant à l’atmosphère tendue, elle joue à 33 ans le rôle d’une jeune fille de 15 ans. Dans un registre en apparence plus léger, Asta Nielsen parvient à faire surgir la spontanéité et l’insolence de la jeunesse dans Engelein (1913) et Das Versuchskaninchen (1916). Au Japon, Yasujiro Ozu se fait le témoin incisif de la rébellion des Gosses de Tokyo (1932) et de la générosité d'un chômeur dans Une Auberge à Tokyo (1935).


Candeur, élan, insoumission, rêve et imagination, l’enfance est un territoire infini et intarissable pour le cinéma.


Les séances sont accompagnées par les pianistes issus de la classe d'improvisation de Jean-François Zygel (CNSMDP).


-