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Née en 1893, Suzanne Grandais est l’une des premières stars féminines du cinéma muet français. Dans les années 1910, elle représente à l’écran l’image de la jeune femme actuelle, gracieuse et espiègle, image qui restera à jamais gravée en raison de sa mort prématurée à l’âge de vingt-sept ans. Le cinéaste et dramaturge André Antoine l’avait qualifiée d’« étoile polaire du cinéma français ».
Comédienne de théâtre depuis ses cinq ans, elle apparaît au cinéma à l’adolescence, dans de nombreuses figurations pour les firmes Lux, Eclair et Gaumont. On la repère sur scène, puis Louis Feuillade et Léonce Perret, alors deux des plus importants réalisateurs chez Gaumont, lui offrent des rôles qui vont la propulser vers la gloire et lui offrir une notoriété internationale. Henri Fescourt décrit ainsi son arrivée dans le cinéma : « Une scène est illuminée par la présence d’une jeune interprète toute blonde, toute rose, toute légère et ensoleillée. Cette apparition miraculeuse n’était autre que celle de Suzanne Grandais, qui devint la deuxième vedette française internationale, après Max Linder. » Elle personnifie la jeune fille moderne par excellence, ses personnages portent d’ailleurs souvent son prénom, Suzanne ou Suzy. Sa large capacité d’interprétation, la sobriété de son jeu, son naturel et sa spontanéité, lui permet d’exceller dans des registres variés. On la compare souvent à l’Américaine Mary Pickford, actrice déterminée et dotée d’une grâce juvénile, qui aurait été inspirée par La Dentellière pour un rôle similaire dans Hulda from Holland (John B. O’Brien, 1916).
Dès 1911, Feuillade l’emploie pour sa série « La Vie telle qu'elle est » qui regroupe dix-sept films courts et propose « une tentative de réalisme transposée pour la première fois à l'écran, […] des tranches de vie [qui] véhiculent un code moral plus élevé et plus significatif que tant d'histoires mièvres et insignifiantes ». Le Nain en est un exemple criant de réalité et de cruauté. Suzanne Grandais y joue le rôle d’une actrice cherchant à se rapprocher de l’auteur de la pièce qui lui vaut tant de succès. Mais le talentueux dramaturge garde l’anonymat car il est atteint de nanisme. Autre film de Feuillade, tourné en 1913, Erreur tragique décrit comment la jalousie pathologique d’un mari envers son épouse peut mener au drame. L’accident de voiture que subit le personnage de Suzanne dans le film résonne comme une prémonition de ce qu’il adviendra quelques années plus tard.
Léonce Perret fait de Suzanne Grandais son égérie et sa partenaire de jeu privilégiée dans les drames comme dans les comédies, notamment celles de la série « Léonce ». Elle joue la jeune fille charmante ou l’épouse facétieuse qui provoque l’irritation et la jalousie de Léonce, pour permettre, finalement, un subtil rapprochement conjugal. Le duo fonctionne à merveille dans Un nuage passe, Les Épingles ou encore Les Bretelles. À l’inverse, elle est l’héroïne poignante de drames où ses personnages se noient dans le chagrin, contrainte d’abandonner son véritable amour pour un mariage de raison dans Le Cœur et l’argent, actrice à succès apprenant une tragique nouvelle dans La Rançon du bonheur, tourmentée par un meurtre dans Le Mystère des roches de Kador ou par la mort d’un enfant dans L'Obsession du souvenir. Dans Graziella la gitane, tourné en décors naturels à Sorrente, elle est le modèle désespéré d’un peintre volage interprété par Perret, qui joue un autre rôle de peintre – cette fois-ci absent – dans La Lumière et l’amour, tourné sous le soleil de la côte d’Azur.
Son contrat avec Gaumont est rompu en 1913 et permet une escapade en Allemagne où elle est accueillie avec enthousiasme pour tourner une « Série artistique Suzanne Grandais » pour la Deutsche Kino Gesellschaft. Mais l’aventure est écourtée par des désaccords et par la guerre. En 1916, elle est engagée comme vedette par la société Éclipse pour des films réalisés par Louis Mercanton et René Hervil, ce dernier compare l’actrice à un « clavier, capable de fournir toujours la note juste ». En 1917, elle est plus que jamais populaire et l’amour demeure le moteur de ses rôles, comme dans la comédie La p'tite du sixième, qui glorifie sa bonté, et le drame Suzanne.
En 1919, Phocéa-Film lui propose un contrat de douze films qu’elle entame sous la direction du réalisateur Charles Burguet. Le 20 août 1920, les scènes extérieures du film à épisodes L’Essor sont à peine achevées d’être tournées, l’équipe rentre à Paris en automobile, lorsque survient l’accident fatal. La mort tragique et inattendue de l’actrice au sommet de sa gloire provoque une immense émotion nationale. L’Essor est remanié, non sans difficulté, et sortira malgré tout en salle.
« Je suis née en 1910. Je veux dire que je suis venue au cinéma en 1910 » déclarait-elle dans un entretien qu’elle a accordé à la revue Film en 1918. En une décennie, elle aura conquis le public. L’écrivain Didier Blonde, auteur du roman consacré à Suzanne Grandais Un Amour sans paroles, retracera sa fugace mais néanmoins brillante trajectoire dans sa conférence "Suzanne Grandais, première star du cinéma français" le vendredi 20 mars à 17h.
Les séances sont accompagnées par les pianistes issus de la classe d'improvisation de Jean-François Zygel (CNSMDP).
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