Veuillez patienter pendant la génération du document
Sur plus d’un siècle d’histoire du cinéma chinois, les trois premières décennies restent la période la plus dynamique et la plus novatrice. En l’espace de trente ans seulement, les premiers cinéastes chinois ont fait évoluer ce média, passant du court-métrage au long-métrage, puis du cinéma muet au cinéma parlant, portés par une imagination, une ambition et une énergie créative extraordinaires.
Sous le thème « Retour sur l’âge d’or », cette rétrospective rassemble quinze classiques produits entre 1922 et 1936. Organisé en cinq sections — vie urbaine, arts martiaux et fantastique, romance, réalisme et cinéma féminin —, le programme retrace le paysage émotionnel et culturel des débuts du cinéma chinois : la sincérité des pionniers du cinéma, l’humour et les difficultés des gens ordinaires, la conscience sociale des intellectuels de gauche et l’éveil de la conscience féminine moderne. Ensemble, ces œuvres révèlent la richesse et la diversité des débuts du cinéma chinois.
I : Le cinéma urbain — La vie quotidienne sur grand écran
Dans l’univers cosmopolite du Shanghai des années 1920, les comédies centrées sur la vie urbaine quotidienne ont connu un véritable essor. Influencées par le théâtre parlé, la farce populaire et les films muets hollywoodiens, ces œuvres ont néanmoins conservé une sensibilité typiquement locale, capturant avec chaleur et humour les frasques, les frustrations et les rythmes de la vie quotidienne en ville.
劳工之爱情 Romance d’un marchand ambulant (1922)
Chef-d’œuvre précieux des Archives cinématographiques chinoises et plus ancien film narratif chinois qui nous soit parvenu, Romance d’un marchand ambulant occupe une place unique dans l’histoire du cinéma chinois. À travers des gags visuels inventifs et une comédie physique pleine de vie, le film met en valeur le charme et l’ingéniosité des premières comédies urbaines chinoises.
怕老婆(儿子英雄) Mon fils est un héros (1929)
Ce film, réalisé par Yang Xiaozhong, est un exemple typique du cinéma urbain populaire des débuts. Son jeu théâtral et ses personnages stéréotypés rappellent les feuilletons traditionnels chinois, et il donne une idée très vivante de la manière dont les premiers films chinois racontaient des histoires.
La plus ancienne œuvre de Fei Mu qui nous soit parvenue raconte l’histoire de quatre générations d’une famille aisée et explore les thèmes de la piété filiale, du devoir et de la compassion. À une époque où le cinéma de gauche, engagé socialement, gagnait en popularité, ce film se distinguait par l’importance qu’il accordait à un humanisme universel transcendant les différences de classe. Aujourd’hui encore, il est considéré comme une étape importante dans le développement d’un style cinématographique typiquement chinois.
II : Wuxia (arts martiaux) et fantastique — Légendes de l’imaginaire oriental
À la fin des années 1920, les films de wuxia (arts martiaux) et fantastique étaient devenus l’un des genres les plus populaires du cinéma chinois. S’inspirant de la littérature classique et des légendes populaires, ces films créaient des univers éblouissants, riches en aventures surnaturelles et en imagination visuelle.
盘丝洞[La Caverne de la toile de soie] (1927)
Réalisé par Dan Duyu, [La Caverne de la toile de soie] est la plus ancienne adaptation cinématographique conservée du Voyage en Occident (ou La Pérégrination vers l'Ouest) roman de Wu Cheng'en (fin du XVIe siècle). Véritable sensation lors de sa sortie en 1927, le film a longtemps été considéré comme perdu en Chine jusqu’à ce qu’une copie soit redécouverte à la Bibliothèque nationale de Norvège en 2014, puis restituée aux Archives cinématographiques chinoises.
Première adaptation cinématographique de la pièce classique L'Histoire du pavillon d'Occident, ce film a été réalisé par la société Minxin Film de Hong Kong, produit par Lai Man-wai, avec Hou Yao comme scénariste et réalisateur. S’éloignant de la mise en scène traditionnelle de l’opéra, le film a été tourné en extérieur dans la région du Jiangnan, donnant ainsi un nouveau souffle cinématographique à cette célèbre histoire littéraire. En 1928-1929, il fut projeté à Paris et à Londres, devenant ainsi l’un des premiers films chinois à être diffusé en Occident.
女侠白玫瑰 [La Vaillante jeune fille à la rose blanche] (1929)
Véritable jalon du cinéma wuxia des débuts, ce film montre l’héroïne Bai Suying vêtue d’une tenue d’équitation occidentale, tenant avec assurance les rênes d’une main. L’actrice vedette Wu Suxin, l’une des premières icônes du genre des guerrières, y livre une interprétation qui reste moderne à ce jour. Il s’agit également du seul film d’arts martiaux de sa carrière qui ait été conservé.
III : Romance — Histoires d’amour entre l’Orient et l’Occident
Les films romantiques des années 1930 ont vu le jour au carrefour des cultures chinoise et occidentale. Certains adaptaient Shakespeare pour le public chinois, tandis que d’autres mêlaient relations personnelles et idéaux révolutionnaires façonnés par le climat politique de l’époque.
一剪梅 Une branche de fleur d'abricotier (1931)
Mettant en scène une distribution prestigieuse de la Lianhua Film Company, il s’agit de la toute première adaptation chinoise d’une œuvre de Shakespeare, inspirée des Deux Gentilshommes de Vérone (1598). Transposant la romance shakespearienne à Guangzhou, le film est réputé pour son style d’influence occidentale, visible dans sa mise en scène, ses personnages et ses intertitres bilingues. Avec les performances de Jin Yan, Ruan Lingyu et Lin Chuchu, il reste un exemple précoce et important du cinéma romantique chinois.
Réalisé par Sun Yu et mettant en vedette Wang Renmei aux côtés de « l’empereur du cinéma » Jin Yan, le film raconte l’histoire d’amour entre Xiaofeng, une jeune villageoise pleine de vie, et Jiang Bo, le fils d’une famille aisée. À mesure que leur romance se développe, leurs sentiments personnels s’entremêlent progressivement avec des idéaux révolutionnaires et patriotiques. La prestation énergique de Wang Renmei a apporté une alternative rafraîchissante aux rôles féminins habituels de l’époque.
Écrit et réalisé par Shi Dongshan, cet ouvrage de transition fait le pont entre le cinéma populaire urbain et le cinéma de gauche. Axé sur l’amour et l’ambition des jeunes, le film reflète le ton de plus en plus militant du cinéma de gauche des débuts, alors que la loyauté personnelle se transforme en résistance nationale collective. Il constitue aujourd’hui une œuvre incontournable pour comprendre la transformation du cinéma chinois au début des années 1930.
IV : Le réalisme — Cinéma et conscience sociale
Au début des années 1930, sous l’influence du mouvement cinématographique de gauche, les cinéastes chinois se sont de plus en plus intéressés à la réalité sociale. Ces œuvres abordaient l’injustice, la pauvreté et la crise nationale avec une profonde sensibilité humaine, jetant ainsi les bases du réalisme cinématographique chinois.
Réalisé par Wu Yonggang et mettant en vedette Ruan Lingyu dans l’une des performances les plus marquantes du cinéma muet, La Divine raconte l’histoire tragique d’une femme contrainte à vivre dans des conditions désespérées alors qu’elle tente d’élever son enfant. Alliant réalisme et style visuel impressionniste, le film a donné naissance à l’un des personnages féminins les plus inoubliables de l’histoire du cinéma chinois et reste un chef-d’œuvre des débuts du cinéma mondial.
渔光曲 Le Chant des pêcheurs (1934)
Classique du réalisme réalisé par Cai Chusheng, ce film a été tourné en extérieur dans des villages de pêcheurs situés le long de la mer de Chine orientale. Il dépeint les difficultés des pêcheurs démunis avec une profonde compassion et une beauté lyrique, et sa chanson thème envoûtante est devenue très populaire dans toute la Chine. En 1935, il a reçu un prix d’honneur au Festival international du film de Moscou, devenant ainsi le premier long métrage chinois à remporter un prix international.
Largement considéré comme le plus grand chef-d’œuvre de Sun Yu, ce film suit un groupe d’ouvriers routiers travaillant sous un soleil de plomb, chantant ensemble tout en travaillant. Le rythme du travail lui-même devient le moteur du film, ce qui en fait l’une des œuvres phares du Mouvement cinématographique de gauche.
Cette deuxième collaboration entre Sun Yu et Ruan Lingyu établit un lien entre la vie des femmes ouvrières et la lutte nationale plus large contre l’agression japonaise. Salué par le scénariste Xia Yan pour son message patriotique fort, ce film reste l’un des exemples les plus émouvants du cinéma engagé de cette époque.
V : Les femmes — Les chemins de l’éveil
Dans le cinéma chinois des années 1930, les personnages féminins se sont révélés d’une richesse et d’une complexité sans précédent. Des jeunes filles modernes et sportives aux femmes instruites en quête d’indépendance, leurs histoires reflétaient les changements majeurs dans les conceptions du genre à une époque en pleine mutation.
Réalisée par Sun Yu pour Li Lili, première grande star sportive chinoise, cette comédie moderne et pleine de vie mettait en valeur ses véritables talents athlétiques, notamment en natation, en plongeon, en équitation et en sprint. À une époque marquée par une crise nationale grandissante, le film prônait l’idéal consistant à « renforcer la nation par la forme physique », ce qui en fit une œuvre pionnière du cinéma sportif chinois.
Autre chef-d’œuvre de Cai Chusheng, Femmes nouvelles met en scène Ruan Lingyu dans le rôle de Wei Ming, une femme instruite en quête d’indépendance et de dignité dans une société qui finira par la détruire à travers des épreuves émotionnelles, des difficultés économiques et un scandale public. Inspiré de la tragédie réelle de l’actrice et écrivaine Ai Xia, ce film fut la dernière œuvre achevée de Ruan Lingyu. Son cri final déchirant — « Je veux vivre ! » — reste l’un des moments les plus inoubliables des débuts du cinéma chinois.
Veuillez patienter pendant la génération du document