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Né en 1892 à Toronto, Mary Pickford a été une pionnière du cinéma, une actrice de talent, une productrice audacieuse et une femme d'affaires avisée. Surnommée à ses débuts « la fille aux boucles d’or » avant même que le public ne connaisse son nom, elle devient rapidement « la petite fiancée de l’Amérique », une figure de notoriété équivalente à celle de Chaplin, une référence pour des foules d’admirateurs et d’imitatrices dans le monde entier.
Issu d’une famille pauvre de comédiens de théâtre et très tôt orpheline de père, elle débute sur les planches dès l’âge de sept ans avant d’être repérée en 1909 à New York par D.W. Griffith. Jusqu’en 1912, elle tourne avec lui une cinquantaine de courts métrages qui témoignent de ses capacités d’interprétation et son aisance dans des rôles très variés (A Beast at Bay, The School Teacher and the Waif, The New York Hat). À Hollywood, un contrat signé avec la Famous Players Film Company d’Adolph Zukor lui permet d’affiner son jeu subtil et naturel, loin du registre théâtral caractéristique de l’époque, un jeu singulier qui se concentre sur sa vivacité corporelle et sur l’expressivité de son visage. Pickford développe plusieurs techniques qui varient entre les nuances de mimiques et les regards francs ou retenus. Elle en fait la démonstration notamment chez James Kirkwood dans Behind the Scenes (1914), The Dawn of a Tomorrow ou Fanchon the Cricket, adaptation de La Petite Fadette de George Sand (1915) pour lequel elle partage l’affiche avec sa sœur Lottie et son frère Jack.
Fine négociatrice, elle obtient, à partir de 1916, le contrôle de la production des films dans lesquels elle apparaît et un salaire en constante augmentation, avant de devenir sa propre productrice en créant sa société, la Mary Pickford Film Corporation. Elle fait le choix des meilleurs réalisateurs pour la diriger, à commencer par Maurice Tourneur dans The Pride of the Clan (1917), où son personnage prend les rênes d’un clan de pêcheurs écossais, et Poor Little Rich Girl, comédie féérique où elle apparaît en petite fille riche délaissée par ses parents. Elle a déjà vingt-cinq ans mais sa petite taille offre l’illusion en contrastant avec un décor et des acteurs surdimensionnés. En 1917, elle tourne avec Cecil B. De Mille l’épatant western A Romance of the Redwoods qui mêle suspens, drôlerie et séduction. Confronté à un usurpateur d’identité, son personnage parvient à s’affirmer dans l’univers très masculin des orpailleurs de Californie. The Little American la conduit sur le terrain de la guerre en Europe (les États-Unis viennent d’entrer dans le conflit), écartelée par l’amour de deux hommes aux nationalités ennemies. Le film est un plaidoyer pour la paix. Mary Pickford participe en 1918 aux tournées patriotiques à travers le pays pour soutenir les Alliés grâce à la souscription d’emprunts (Liberty bonds). Cette expérience consolide son statut de « chérie de l’Amérique » et l’attachement du public. Elle s’engage également dans des actions philanthropiques concrètes qu’elle poursuivra toute sa vie.
En 1918, Marshall Neilan la dirige dans le double rôle de Stella Maris, celui d'une jeune femme handicapée, choyée par un milieu privilégié, et d'une orpheline négligée par la vie qui explorent ensemble la compassion et la résilience. Qu’elle incarne une pauvre orpheline vulnérable, une jeune fille naïve et opprimée, une enfant espiègle et bagarreuse ou une femme du monde, ses personnages sont déterminés, font preuve d’un optimisme, d’une énergie et d’une témérité sans faille face à l'adversité. Son style de jeu doit beaucoup à des contrastes accentués par des ruptures, des passages éclairs d’un registre à un autre. En un regard, une expression, le spectateur bascule dans l’empathie, alterne le rire aux larmes.
En 1919, Mary Pickford, Douglas Fairbanks, D.W. Griffith et Charlie Chaplin sont devenus les figures de proue du cinéma américain. Leurs films sont attendus et les succès s’enchaînent. Ils s’associent pour fonder la United Artists, société de production et de distribution indépendante qui contribue à maintenir leur autonomie et leur pouvoir. Et les patrons des studios hollywoodiens constatent amèrement que « les pensionnaires ont pris le contrôle de l’asile ». Pickford et Fairbanks finissent par dévoiler leur amour au grand jour, les premières craintes (tous deux sont déjà mariés) sont balayées par la ferveur d’un public subjugué par ce couple éblouissant.
Les collaborations se poursuivent avec des personnalités privilégiées. La scénariste Frances Marion, autrice de plusieurs excellents scénarios (The Poor Little Rich Girl, Johanna Enlists) réalise avec l’actrice son premier film, The Love Light en 1921. Pickford se vante d’avoir favoriser la venue d’Ernst Lubitsch à Hollywood. Il tourne son premier film américain, Rosita, adapté du roman Don César de Bazan d'Adolphe d'Ennery et Philippe Dumanoir, dans lequel l’actrice interprète le rôle d’une chanteuse des rues, « une expérience très désagréable et très coûteuse » dira-t-elle. Elle endosse ensuite de nouveau des rôles d’adolescente, selon les desiderata du public et en dépit de ses quelques trente ans : valeureuse meneuse de gang dans Little Annie Rooney (1925) ou protectrice d’enfants dans l’inquiétant conte Sparrows (1926). L’arrivée du parlant signe le déclin de sa carrière, malgré quelques rôles remarquables : Coquette de Sam Taylor (1929), pour lequel elle obtient l’Oscar de la meilleure actrice, ou Secrets de Frank Borzage (1933).
Mary Pickford a marqué l’histoire du cinéma américain par son discernement, son charme et sa vitalité. La modernité de son jeu et les sujets abordés tout au long de sa carrière ont façonné une œuvre inaltérable composée de films comiques teintés d’émotion. Une cinquantaine de ses films (sur plus de deux cents…) est présenté lors de ce cycle, la plupart dans des copies restaurées issues des collections d’archives américaines et européennes, et avec le soutien de la Mary Pickford Foundation.
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