2/10/2018

Sublimes moments du cinéma muet Suédois

 

SUBLIMES MOMENTS DU CINEMA MUET SUEDOIS.

Carte Blanche au Swedish film institute

Du 21 novembre au 11 décembre 2018

 

 

Plusieurs films, parmi les plus célèbres du cinéma muet suédois, réalisés durant l’âge d’or (1917-1924) par les emblématiques Victor Sjöström et Mauritz Stiller ont été projetés à Paris en 2016 à l’occasion du festival “Toute la mémoire du monde”.  Bon nombre d’entre eux ont été présentés à la Fondation Jérôme Seydoux-Pathé. Il était donc naturel de consacrer cette carte blanche à des réalisateurs moins connus de cette même période ; notamment à des films de la seconde moitié des années 1920, souvent injustement délaissés.
 
Le réalisateur le plus prolifique de cette période est Gustaf Molander, dont le talent fut reconnu jusque dans les années soixante. Son film “Ingmarsarvet” (1925) rappelle les films classiques de Sjöström et Stiller. Il s’agit d’une adaptation - à gros budget - d’une célèbre œuvre littéraire. Le film fut réalisé en décor naturel, montrant l’interaction des personnages avec la nature. “Synd / Sin” qu’il a réalisé en 1928 est une coproduction suédo-britannico-allemande qui se déroule à Paris. Le film est révélateur de la tendance de l’époque où des stars étrangères, telles que Elissa Landi et Gina Manès, figuraient au générique.
 
Alf Sjöberg fit une brillante carrière au temps du parlant (il remporta la Palme d’Or en 1951 à Cannes avec son adaptation de Strindberg “Fröken Julie / Miss Julie”). Il réalisa son premier film muet en 1929 “Den Starkaste / ‘The Strongest’”, mettant en scène une spectaculaire expédition de chasse aux phoques dans les mers de l'Arctique. Per Lindberg, quant à lui, fut tout d’abord homme de théâtre, avant de passer à la réalisation de deux films muets. Le seul à avoir survécu est le très moderne “Norrtullsligan / The Norrtull Gang” (1923). Une délicieuse comédie sociale mettant en scène quatre employées de bureau essayant de se frayer un chemin dans un monde dominé par les hommes. “Häxan / Witchcraft Through the Ages” (1920) du réalisateur Benjamin Christensen est sans aucun doute le film suédois muet le plus original - et aussi le plus couteux. Ce mélange de didactisme, de film d'auteur et de ces puissantes restitutions de sorcières et du diable tel que le Moyen Age se les représentait a nécessité deux années de postproduction. Un studio dédié a été mis à la disposition du réalisateur tout au long du processus de production. 
 
Presque tous les négatifs originaux des fictions muettes suédoises ont été perdus dans un incendie dévastateur en septembre 1941. Le travail de sauvegarde mené par le Svenska Filminstitutet depuis les années 1960 s'est donc presque exclusivement appuyé sur des copies nitrate plus ou moins détériorées. L’un des premiers longs métrages de fiction réalisés en Suède, “I lifvets vår / Au printemps de la vie “(1912) est, en revanche, une exception. Le film a été produit par la filiale Pathé frères à Stockholm et le négatif avait été conservé en France. Il fut retrouvé dans les collections de la Cinémathèque française en 2004. Bien que de nombreux films suédois aient été perdus dans l'incendie, certains refont encore surface dans des archives à l’étranger. Des fragments de Balettprimadonnan / Wolo Czawienko (1916) de Stiller ont été trouvés, par exemple, à Saragosse et à la Filmoteca Española de Madrid ces dernières années. Et en 2017, le CNC a découvert une copie nitrate presque complète de Judaspengar / L'Argent de Judas (1915) de Victor Sjöström, qui a récemment été restaurée par le CNC en collaboration avec le Svenska Filminstitutet. Il sera présenté pour la première fois en France durant ce cycle.
 
Le Svenska Filminstitutet conserve aussi, dans ses collections, des films muets de nationalités diverses et sortis en Suède aux tous premiers temps du cinéma. Bon nombre d’entre eux sont français. Au cours de ces dernières années, nous en avons sauvegardé un nombre substantiel. Hormis leur unicité ces copies, sur support nitrate, nous apportent des indications précieuses sur la manière dont la censure s’appliquait à cette époque en Suède.  
Cette carte blanche comprend deux programmes de 13 courts-métrages uniques Pathé, tournés entre 1903 et 1912. Ils ont tous été récemment sauvegardés en interne, dans notre laboratoire photochimique, d’après des copies en noir et blanc, teintées ou coloriées au pochoir.
 
Je suis très reconnaissant à la Fondation d'avoir été invité à présenter nos collections ainsi que les récents travaux réalisés dans nos propres laboratoires analogiques et numériques. Je suis également heureux de présenter un programme de courts métrages avec Greta Garbo, qui inclut des films publicitaires rarement vus, des fragments ainsi que des restaurations.

 

Jon Wengström

Conservateur de la Collection Films

Svenska Filminstitutet (Stockholm)

 

__________________________________________________________________

Many of the most famous Swedish films from the silent era, directed by the pivotal figures Victor Sjöström and Mauritz Stiller during the so called Golden Age said to have lasted 1917-24, were screened in Paris in 2016 during the Toute la mémoire du monde festival, with several of the sessions taking place at the Fondation Jérôme Seydoux-Pathé. Therefore, the focus of the Swedish silent films selected for this Carte blanche is films by lesser known directors from the period, including films from the latter half of the 1920’s which often have been unjustly neglected.
 
The most prolific director of the later period was Gustaf Molander, who had a successful career that lasted well into the 1960’s. His Ingmarsarvet (1925) is a film which is reminiscent of the classic films by Sjöström and Stiller, being a big-budget adaptation of a famous literary work and shot on location showing the characters’ inter-action with nature. Molander’s 1928 Synd / Sin is Swedish-UK-Germany co-production set in Paris, and an example of the international trend that was prevailing towards the end of the 1920’s, with foreign stars Elissa Landi and Gina Manès in the cast.
 
Another director with a successful career in sound film was Alf Sjöberg, (winning the Palme d’Or in Cannes in 1951 with his Strindberg adaption Fröken Julie / Miss Julie). His directorial debut was the visually striking Den Starkaste / ‘The Strongest’ (1929), with spectacular on-location footage depicting a seal-hunting expedition in the Arctic Sea. Director Per Lindberg’s first love was the theatre, but he made two silent films, the only to survive being the remarkably modern Norrtullsligan / “The Norrtull Gang" (1923), a delightful comedy and social drama of four city female office-workers trying to get by in a man’s world. The most original – and most expensive – of all Swedish silent films was Häxan / Witchcraft Through the Ages (1920), made by Danish director Benjamin Christensen. This mixture of didactic lecture, essay film and suggestive depictions of medieval conceptions of witchcraft and the devil was almost two years in pre-production, and an entire studio was especially bought for the production and put at Christensen’s disposal.
 
Almost all original negatives to the Swedish silent fiction films were lost in a devastating fire in September 1941. The preservation work carried out by the Swedish Film Institute since the 1960’s has therefore almost exclusively relied on more or less worn nitrate projection prints as the source elements. One exception is one of the earliest feature-length fiction films made in Sweden, I lifvets vår / Au printemps de la vie (1912). The film was produced by the Pathé frères filiale in Stockholm, and the negative was therefore kept in France, where it was rediscovered in the collections of the Cinémathèque française in 2004. Even though many films were lost due to the fire, prints of films thought to be lost still resurface and are identified in the collections of colleague archives outside Sweden. Fragments of Stiller’s Balettprimadonnan / Wolo Czawienko (1916) were found in Zaragoza and at the Filmoteca Española in Madrid in recent years. And in 2017, the CNC in Bois d’Arcy discovered an almost complete nitrate print of Victor Sjöström’s Judaspengar / L’Argent de Judas (1915), which was recently restored by the CNC in collaboration with the Swedish Film Institute, and which is now having its French première.
 
The collections of the Swedish Film Institute also include non-domestic films released in Sweden, and we have in the last years preserved a substantial number of nitrate prints of international films from the very early years. Apart from being unique, these prints also give us valuable clues to understanding Swedish pre-censorship distribution. Many of our early films are French, and included in this Carte blanche are two programmes of 13 unique Pathé shorts from 1903 to 1912, all of them recently preserved at our own in-house photochemical laboratory, from black-and-white, tinted and stencil-coloured prints.
 
I am very grateful for having been invited by the Fondation Jérôme Seydoux-Pathé to present our collections and to showcase some recent work carried out in our in-house analogue and digital laboratories. I’m also happy to present a programme with shorts featuring Greta Garbo, which includes rarely seen advertising films, fragments, news-reels and screen tests.

 

Jon Wengström

Curator of Archival Film Collections

The Swedish Film Institute (Stockholm)