3/03/2016

Jacques Prévert, une jeunesse au cinéma

  • Une exposition jusqu'au au 4 Juin 2016

 

" Enfant, j'aimais déjà et beaucoup le cinéma. J'y allais souvent, très souvent. Cela ne coûtait pas cher et le jeudi, je trouvais parfois le moyen de passer inaperçu et de m'asseoir face à l'écran, en qualité de spectateur clandestin… " - Jacques Prévert.

Quelles œuvres cinématographiques ont nourri l’imaginaire du jeune Prévert ? Pour le savoir, La Fondation Jérôme Seydoux-Pathé et Fatras / Succession Jacques Prévert ont étudié de près son texte autobiographique Enfance. Le résultat de cette démarche donne aujourd’hui lieu à une exposition inédite (du 30 mars au 4 juin 2016) et un cycle de projections d’œuvres cinématographiques qui ont participé à l’émergence d’un talent unique au sein de la culture française.

Dans son texte Enfance, publié pour la première fois en 1959 par le magazine Elle, Jacques Prévert nous emmène à la découverte des lieux, des événements, des personnages qui ont marqué sa jeunesse et forgé son imaginaire. Sans surprise, le cinéma y joue un rôle de choix. Du spectacle forain et ses écrans nomades aux premières salles d’exploitation, le jeune Prévert assiste à la naissance d’un art et d’un loisir qui ne le laisseront pas indifférent.

Le récit démarre en 1906. Jacques Prévert a alors six ans et vit à Neuilly-sur-Seine, où les attractions de la fête foraine s’installent chaque année. À la porte Maillot où il se rend avec ses parents, il admire le ballon captif de l’aérodrome et fréquente le théâtre Printania, « un grand café-concert en plein air ».  A Paris, il découvre les séances de cinéma du magasin Dufayel et du café-concert de l’avenue des Gobelins. Les salles se multiplient et le rituel qui les accompagne se dessine : les programmes aux réclames prometteuses et les récits des bonimenteurs l’impressionnent.

Il s’enthousiasme pour les vedettes comiques de Pathé (Max Linder, Gribouille, Rigadin ) et les premiers westerns importés des États-Unis, dans le sillage de Buffalo Bill qui a émerveillé la capitale avec son Wild West Show en 1905. Au début des années 1910, il voit l’émergence des films à épisodes, en particulier ceux de Victorin Jasset, auteur du fameux Zigomar, et suit les aventures de justiciers dont il retrouve les exploits dans les fascicules vendus en kiosque.

Les souvenirs d’Enfance s’arrêtent avec la Première Guerre mondiale, mais différents textes et témoignages permettent d’appréhender la cinéphilie de Jacques Prévert dans les années 1920. Charlot et les burlesques américains déferlent sur les écrans. Avec ses amis Marcel Duhamel et Yves Tanguy, anciens compagnons d’infanterie, il fréquente assidûment les salles parisiennes et partage avec le groupe surréaliste le goût pour les films populaires, notamment ceux de gangsters et d’épouvante.

C’est dans le cinéma que Jacques Prévert démarre sa carrière, mais ses premiers scénarios - hormis Souvenir de Paris (1928), réalisé par son frère Pierre et Marcel Duhamel - restent sur le papier. Ils sont trop loufoques, trop originaux, pour susciter l’enthousiasme des producteurs. Cependant, le public ne tardera pas à découvrir les talents de celui qui deviendra l'un des auteurs majeurs du cinéma français. 

 

Catalogue Jacques Prévert 


À partir de ses écrits, en particulier Enfance, ce livre révèle les goûts d'un spectateur du cinéma muet et nous raconte la formation de son imaginaire.

« Nous, quand on était petit, on allait au cinéma. C'est-à-dire qu'on avait une situation particulière, même si on ne mangeait pas régulièrement, ou à crédit le plus souvent, on allait au cinéma. D'abord, ça ne coûtait pas cher, de plus, aussi bien mon père, que ma mère, mon frère et moi on aimait le cinéma. Ça coûtait trente centimes avec un billet de faveur qu'on trouvait  au bureau de tabac. On pouvait aller voir un film. Les places n'étaient pas numérotées et on allait au cinéma comme ça (..). J'ai une grande mémoire des films que je voyais à cette époque. Je ne dis pas qu'ils étaient mieux, mais ils étaient différents, comme si c'était d'autres êtres. » - Jacques Prévert
 
Jacques Prévert, une enfance au cinéma
parution : mars 2016
Textes d'Alain Carou, Solange Piatek, Stéphanie Salmon
Editions de la Fondation Jérôme Seydoux-Pathé
100 pages, 25 euros
 
Catalogue en vente et disponible à l'accueil de la Fondation.