25/08/2015

Raretés et découvertes de la Cinémathèque de Toulouse

 

Du 07 au 20 Octobre 2015

 

   L'amateur d'art visite des musées mais, sauf privilège, il n'en connaîtra jamais les réserves : elles ne sont pas ouvertes au public. Qu'en est-il pour l'amateur de cinéma ? Il peut lui aussi fréquenter des cinémathèques et autres lieux voués à l'art cinématographique et accéder à des expositions temporaires des collections (cela s'appelle des programmations) mais là encore, sauf privilège (consultation individuelle), il n'en connaîtra jamais les réserves – à savoir les films qui n'ont jamais été programmés et ont peu de chances de l'être un jour.

 

   Les réserves ne sont pas un label – ni en nullité (indigne du public), ni en qualité (bijou en herbe). Elles relèvent de l'oublié quand ce n'est pas de l'inconnu mais, à ce titre, elles peuvent être un lieu de « trouvaille » : cela n'a rien d'une chasse aux trésors, cela serait plutôt de l'ordre de l'exercice d'un regard curieux qui donne un sens à un objet qui en était jusqu'alors dépourvu. Ce sont quelques-unes de ces « trouvailles » (faites au cours de cinquante ans) qui composent ce programme.

 

   A la proposition qui lui a été faite par la Fondation Jérôme Seydoux-Pathé de programmer une  "Carte blanche", la cinémathèque de Toulouse a répondu par une offre de films muets exclusivement étrangers. Ce qui n'a rien d’étonnant. Il importe de rappeler que le cinéma, dès ses origines, n'a jamais eu de vocation strictement nationale : les frères Lumière envoyaient leurs opérateurs aux quatre coins du monde autant pour y présenter leurs films et vendre leur caméra que pour en ramener des images qu'ils diffusaient sur tous les autres territoires ; Léon Gaumont et les frères Pathé ont créé et multiplié les filiales dans le monde comme ils distribuaient dans leur réseau de salles les films étrangers (on verra ici un film anglais produit par la Gaumont). La barrière du langage ne faisait pas obstacle à la circulation des films de pays à pays : étant muet le cinéma n'avait qu'à changer la langue des intertitres…

 

   Mais il s'agit autant et surtout d'insister sur un fait : les collections d'une cinémathèque n'ont aucun caractère strictement national si ce n'est la localisation géographique de leurs espaces de stockage. La plupart des archives du film nées au XXe siècle ont été créées à côté de la profession et le plus souvent sans bénéficier d'un dépôt légal. Elles ont donc recueilli des dépôts volontaires du monde du cinéma mais aussi des copies anciennes sur support nitrate qu'elles ont sauvées d'une mort programmée par l'interdiction de ce support au début des années 1950. Le paradoxe de cette histoire de la « sauvegarde » des films est qu'en France ont pu être sauvés des films américains ou hongrois alors que des films français même majeurs l'ont été en URSS ou au Danemark. C'est cette dimension internationale du travail des cinémathèques que nous voulons ici souligner en présentant ces « trouvailles » venues d'Ailleurs mais retrouvées, redécouvertes et restaurées Ici.

 

Franck LOIRET, Directeur délégué de la Cinémathèque de Toulouse

Jean-Paul GORCE, Ancien directeur de la Cinémathèque de Toulouse