12/02/2019

Festival Toute la mémoire du monde de la Cinémathèque française

Cinéma muet d'Amérique Latine

Du 13 au 17 mars 2019

Le cinéma est arrivé très tôt en Amérique latine. Moins d'un an après l'inauguration du Cinématographe en 1895, un grand nombre de villes y proposaient déjà des spectacles de projection d'images photographiques animées. Les premiers promoteurs étaient des étrangers qui sillonnaient la région en vue d'exposer la toute récente technique européenne. Les immigrés venus d'Europe ou du Proche-Orient composaient d'ailleurs l'essentiel du public. Aussi, le cinéma a été adopté très rapidement par des compagnies de théâtre itinérantes, espagnoles et italiennes surtout, qui enregistraient leurs spectacles afin de les diffuser devant des compatriotes installés loin des villes.

À partir de 1905, les Latino-Américains ont pris le contrôle de leur cinéma. Jusqu'alors, l'expérience offerte au public avait toujours été plus ou moins la même : premières dans les grandes villes, suivies d'une distribution ambulante pour le public rural et, plus tard, par l'établissement de salles permanentes. Les films eux-mêmes venaient pour l'essentiel de France et d'Italie, mais une production locale commençait à éclore même si au Mexique la révolution (1910-1920) a freiné l'apparition d'un cinéma indigène, en dehors d'une forte production documentaire ; le cinéma de fiction n'est vraiment apparu au Mexique que vers la fin de la période révolutionnaire, avec, par exemple, la mise en production d'un film remarquable : El Automóvil gris (1919).

L'interruption dans la production européenne à la période de la Première Guerre mondiale a été rapidement comblée par un cinéma nord-américain en plein essor. D'ailleurs, Hollywood a continué à dominer la scène latino-américaine pendant des décennies, ne laissant, au mieux, qu'une toute petite place sur le marché aux productions nationales ou régionales. Seul le Brésil était différent. Après l'arrivée du cinéma nord-américain, l'industrie brésilienne s'est retirée de Rio de Janeiro et de São Paulo pour réapparaître dans certaines capitales régionales comme Recife, dans le Noreste, Porto Alegre au sud ou Campinas à l'intérieur de l'État de São Paulo. L'œuvre de Humberto Mauro constitue l'exemple le plus éclatant de ce phénomène : il décida de fabriquer ses propres films. Braza dormida (1928) représente à merveille le lyrisme exceptionnel de ce cinéaste. Aussi, le Brésil a produit le grand chef-d'œuvre du cinéma muet latino-américain, Limite (1931) de Mario Peixoto, film presque inclassable, unique, issu de la scène fébrile de la cinéphilie carioca vers la toute fin de l'époque du Muet.

Le cinéma muet latino-américain est vraiment un phénomène amateur, aux deux sens du terme : fabriqué pour l'essentiel par des non professionnels, qui « aimaient » le cinéma. Il montre, de manière remarquable, comment les habitants de ce continent ont fait l'apprentissage de la représentation par l'image dans un monde destiné à tomber sous le contrôle de l'image.

Nous sommes tout particulièrement reconnaissants envers les différentes archives qui nous ont permis de constituer cette programmation : la Cinémathèque nationale de Mexico, la Cinémathèque brésilienne, la Cinémathèque nationale de Chile, la Filmoteca UNAM, la Cinémathèque d’Uruguay et la Cinémathèque de Cuba.

 

Richard Peña

Professeur de Film Studies à la Columbia University de New York

 

 

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